biographie

Printemps 2009, un drôle de reggae ondule sur les ondes et y dépose une odeur de soufre propre à faire tousser en haut lieu. Trente ans après Gainsbourg, les chaloupes jamaïcaines et les paroles au vitriol s’accordent toujours à merveille lorsqu’il s’agit de faire grincer la bienséance française. Manu Larrouy est alors un Mec à la coule qui s’élève en 3 minutes bien balancées contre le bling-bling et les privilèges élevés en religion d’état. L’impact de la chanson est modeste, suffisant toutefois pour que l’on évite de prendre ce garçon à la légère et que l’on détecte aussitôt en lui de sérieuses promesses d’avenir. Sur la dernière plage de son premier album, Manu Larrouy faisait alors ses adieux à Toulouse, ville d’adoption qui l’a vu grandir et faire ses premières armes d’auteur-compositeur avant de se distinguer un peu plus au nord de la carte de France, en devenant « découverte » 2006 des Francofolies de La Rochelle.

 

Basé à Paris désormais, il choisit de prendre le temps de se réinventer à l’écart des particularismes régionaux, oublie le reggae et envisage d’autres horizons : Le prochain album sera un album de chansons d’amour.

 

En 2011, il s’agit presque d’un acte de bravoure, une (é)motion de défiance au cynisme ambiant, mais il plaît alors à Manu Larrouy d’être à contre courant. Une rencontre avec une fille, leurs accords et désaccords et la riche graduation, des ciels radieux aux nuages menaçants, que l’on trouve entre le coup de foudre et le mariage fournissent au bon moment la matière aux chansons. Une autre rencontre, avec l’ancien guitariste et songwriter orfèvre des Innocents, Jean-Christophe Urbain, lui permet d’assouvir d’autres désirs et de réaliser l’album pop qu’il porte en lui. Secondé par l’ingénieur du son Jean-Paul Gonnod (Phoenix, Cassius…), Urbain imagine en parfait accord avec Manu les orchestrations qui révèleront au plus juste, sans les dénaturer, les chansons ultrasensibles de ce disque composé au singulier, volontairement plus intime et confident que le premier.

 

Très vite, grâce Ă  cet Ă©quipage de gens Ă©rudits, vont naĂ®tre de savoureux conflits musicaux. Un peu comme dans les textes de Manu on y cultivera le goĂ»t des contraires, mĂ©langeant par exemple du Mellotron, vĂ©ritable machine Ă  rĂŞves psychĂ©dĂ©liques, avec des sonoritĂ©s synthĂ©tiques marquĂ©es annĂ©es 80, jouant Ă  fond des contrastes entre un chant plus apaisĂ© et des musiques au contraire en pleine effervescence. C’est Toi sans moi, la chanson qui ouvre aujourd’hui l’album, qui donnera la mesure du reste. Manu cite Robert Palmer en rĂ©fĂ©rence, et ceux qui se souviennent de Johnny & Mary – ou de sa relecture par Placebo – verront exactement de quoi il parle. Il a aussi beaucoup Ă©coutĂ© Daho, Lavoine et Darc, au grand bĂ©nĂ©fice de son Ă©criture et de sa façon dĂ©sormais plus sensuelle de composer et d’interprĂ©ter.

 

Faussement frivoles par moments (Parachute, La bulle de savon), jouant au contraire sur l’émotivitĂ© et la mĂ©lancolie (le splendide Le Break), les chansons de Manu Larrouy sur cet album fonctionnent en regard les unes des autres, elles Ă©pousent les hauts et les bas sur lesquels s’étalonne toute histoire d’amour fusionnelle. Elles sont violemment vivantes, ardentes, impudiques (Dans mes nuits parisiennes, Le Prince charmant) mĂŞme si elles sont habillĂ©es avec style. Complexes au fond malgrĂ© leur simplicitĂ© apparente… Son Stylo a l’encre parfois fĂ©roce mais c’est toujours en vue d’une recherche Ă©perdue d’amour fou, quitte Ă  en payer le prix fort.

 

Plus du tout Mec Ă  la coule, osant parfois se montrer chancelant et vulnĂ©rable, Manu Larrouy retrouve toutefois son Ă©quilibre le temps d’un duo de comĂ©die romantique sous Le Parapluie avec la charmeuse qui aura inspirĂ© tout l’album. Et comme avec Toulouse sur le premier album, il rompt ici virtuellement avec la CĂ©line en question sur la chanson crève cĹ“ur qui clĂ´ture l’album. Celui-ci, tardivement, trouve son titre, ce sera “Des mots doux, des mots durs”. Ceux qui succomberont assurĂ©ment Ă  son charme l’aimeront en revanche Ă  temps plein.